2008

Jean-Luc Tricoire : le tireur aux trois olympiades

"Il a craqué vers la fin, Dommage !". Hier après-midi. Dans son appartement de la rue du groupe Libération-Nord, l’ancien champion de tir à la carabine sur cible mobile, Jean-Luc Tricoire, 56 ans, a les yeux rivés sur son écran géant haute définition. Un achat spécial pour les Jeux. Devant lui, en direct, le sabreur français vient de perdre en finale, et doit se contenter d’une médaille d’argent. Déçu, mais calme, il écoute Jean-François Lamour, ancien immense escrimeur, commenter un petit condensé télévisé des assauts du match perdu par le Tricolore. Jean-Luc Tricoire se souvient bien de Jean-François Lamour : "A Séoul, au village, je me rappelle qu’on faisait des batailles de bouteilles d’eau. On rigolait. On chahutait. Pour rigoler aussi, je lui ai mis un coup de pied au derrière. Mais c’était bien avant qu’il soit ministre !".



Porte-drapeau de la délégation française


Pour Jean-Luc Tricoire, les jeux de 1988 resteront son plus beau souvenir olympique, même si hélas sur le plan sportif, il ne terminera que onzième au tir à cinquante mètres. La magie du souvenir est ailleurs : " J’ai porté le drapeau de la délégation dans le village. Le patron du club France m’avait désigné parce que j’étais un des sportifs les plus titrés. Cette année là à Budapest, j’avais été champion du monde. Et j’étais vraiment une chance de médaille olympique ".

Avec ce champion d’exception dans une discipline encore trop peu médiatisée, Châlons possède historiquement son meilleur représentant. Non seulement il a participé à trois olympiades, Los Angelès en 1984, Séoul en 1988 et Barcelone en 1992, mais Jean-Luc Tricoire a décroché deux titres mondiaux, un de vice-champion du monde, un de champion d’Europe et 46 titres de champion de France, excusez du peu. Le tir a été également pour lui de signer une autre performance : " Avec un copain, on a mis au point une crosse évidée. C’est moi qui l’ait utilisée en premier. Plus tard, les Allemands sont venus me voir. Ils ont fait un dessin. Et ils ont pris mon idée. Ils ont fait les carabines en série. Pour me remercier, Ils m’ont offert celle qui portait le numéro un. J’aurais dû déposer le brevet ".


Une compétition à part


Le tir a été pour lui une découverte à quinze ans. De suite, la compétition l’appelle. Les résultats qui s’enchaînent de cibles fixes en cibles mobiles, - " c’est plus passionnant " - font alors rapidement de lui un incontournable : chaque sortie le voit progresser.

Quand son classement le propulse chef de file du tir, comme dans la grande épreuve du baron Pierre de Coubertin, il doit prendre des congés sans soldes à SAF, la soudure autogène française : une perte de revenus heureusement compensée par le comité olympique.

Aujourd’hui devant son téléviseur, Jean-Luc Tricoire ne ratera rien des Jo de Pékin.

Pas en simple spectateur, mais en connaisseur qui comprend ceux qui craquent : " Les Jeux sont une compétition à part. Il y a une pression énorme. Dans notre sport par exemple, qui n’est pas grand public, les championnats du monde, qui sont plus difficiles, il n’y a pas autant de pression. Là, toutes les télés sont là, tout le temps, il y a des tonnes d’interviews à donner… ".

Les jeux laissent-ils du temps pour le tourisme et la détente ? : " Oui quand même. Je me souviens de parties de boules avec Forget, Leconte, les tennismen, ou Richardson le handballeur. Des fois, nous les tireurs on gagnait, parfois, c’était eux ".


Article de Fabrice Minuel