1983, Champion du monde

Jean-Luc Tricoire Champion du monde

 

Aussi inattendue qu'exceptionnelle, la nouvelle est "tombée" jeudi soir : à Edmonton au Canada, le Châlonnais Jean-Luc Tricoire est devenu champion du monde au sanglier courant à 10 m.

Exceptionnelle déjà car il n'est pas très fréquent qu'un sportif tricolore, et encore moins un Champenois, remporte une médaille d'or mondiale. Inattendue également car Jean-Luc Tricoire préfère cette discipline à 50m. "A dix mètres" nous déclarait-il il y a quelques semaines "le passage du sanglier courant est plus court, c'est pourquoi cette discipline est plus difficile et plus ingrate car on n'a pas le droit à l'erreur".

Ainsi, même pour Edmonton, Tricoire se prépara plus pour le cinquante mètres que pour le dix mètres. En effet, pour cette discipline, il fit en tout et pour tout, sur place, un réglage de carabine et un entraînement.

Participant aux deux épreuves, le Châlonnais se classa, à cinquante mètres, neuvième en vitesse olympique (580 points) et sixième en vitesse mixte (385 points dont 198 sur 200 à la première passe). Et c'est pourtant à dix mètres qu'il réussit son exploit : champion du monde au sanglier courant devant les meilleurs tireurs des pays de l'Est qui depuis quelques années, redoutent Tricoire dont ils connaissent la valeur et les qualités.

A propos de ces qualités, le Marseillais Gasquet, membre également de l'équipe de France, déclarait : "Tricoire ne s'entraîne pas quatre ou cinq fois par semaine et ne tire pas trois mille cartouches par mois. Simplement je crois qu'il travaille avec beaucoup d'efficacité en accordant au peu de temps qu'il a à consacrer au tir, le maximum de concentration et d'analyse".

 

 La consécration


Ce titre de champion du monde consacre le sérieux de ce tireur châlonnais, meilleur Français depuis maintenant six ans.

Né le 23 mars 1953, Jean-Luc Tricoire est venu à la Société Mixte de Tir de Châlons il y a dix ans. Mais ce n'est véritablement qu'en février 1978 qu'il pratiqua après cinq ans de carabine simple.

Les résultats ne se firent pas attendre. Car dès cette première année il était sacré Champion de France à Angoulème, remportant les sélections nationales et surtout se classait quatrième aux championnats du monde de Séoul en vitesse mixte avec 382 points. 

Depuis, Tricoire est devenu régulièrement champion de France (à Toulouse en 1979, à Lyon en 1980, au Puy en 1981 et à Gien en 1982 pour le 50 m à Bourg-en-Bresse en 1980, à Bordeaux en 1981 et à Strasbourg en 1982 pour le 10 m).

Et acquérant maîtrise et assurance au cours de huit championnats d'Europe à dix mètres et à cinquante mètres, de quatre championnats du monde à Séoul, en Autriche, à Buenos Aires et à Caracas, ainsi qu'au cours de nombreux matches internationaux. Jean-Luc Tricoire a donc atteint cette semaine la consécration à Edmonton.

Recordman de France à cinquante mètres (585 en vitesse olympique, 387 en vitesse mixte), auteur cette saison de minima olympiques à chacune de ses sorties à cinquante mètres. Tricoire devient par cette médaille d'or, le premier tireur mondial au sanglier courant à dix mètres. Et pourtant, il n'était même pas le premier dans son pays dans cette plus courte distance puisqu'il avait du laisser le titre de champion de France cet hiver et le record de France au profit du Marseillais Bernard Gasquet...


Article de Jacques Valentin


Le retour au pays pour le Champion du monde Jean-Luc Tricoire

Mecredi 28 juin 1983 - CHALONS SUR MARNE 
Il y a une semaine très exactement, le Châlonnais Jean-Luc Tricoire de la SMTC devenait champion du monde au sanglier courant à 10m.  
Sixième en vitesse mixte à 50m avec 386 points et neuvième en vitesse olympique à 50m avec 580 points Tricoire "explosait" littéralement au cours de sa troisième compétition pour enlever la médaille d'or individuelle à 10m et contribuer à la médaille d'argent par équipes de la France.  
Les championnats du monde à Edmonton terminés, le tireur Châlonnais s'en alla durant trois jours découvrir les Rocheuses Canadiennes au cours d'un périple de 2500km. 
De retour hier matin à Roissy, Tricoire est rentré à 12h24 très exactement à Châlons. A son arrivée en gare il fut accueilli par son épouse Roseline, le directeur sportif de la SMTC, Michel Bastien, son ancienne présidente, Josette Eussonde et l'Union.  

 

Un Champion du monde à l'hotel de Ville

Jean-Luc Tricoire a reçu le 7 juillet la médaille de la ville de Châlons qui lui a remise M. Jean Reyssier, dans son bureau de l'hôtel de ville, en présence d'élus et de membres de la société mixte de tir à laquelle il appartient, avec son président M. Marcel Palseur. "C'est la première fois que Châlons a l'honneur et la chance de compter parmi les siens un champion du monde et cela ne fait qu'augmenter le plaisir que nous avons de vous recevoir". 

C'est en ces termes que M. Jean Reyssier a acceuilli Jean-Luc Tricoire.

 "Ce succès, lui a dit le maire, qui est sans aucun doute le résultat d'un travail très important n'en est que plus méritoire. Combien d'heures d'entraînement vous a t-il fallu effectuer au stand de tir pour arriver à ce niveau ? Combien d'obstacles vous a t-il fallu lever pour associer votre travail professionnel et votre sport ? Combien d'efforts vous ont été nécessaires pour arriver à être le meilleur ?"
 

"Le tir à Châlons nous avait déjà préparé à cette éventualité, tant nous connaissions la qualité de nos représentants au plus haut niveau. Il n'en reste pas moins qu'il faut être le meilleur au bon moment pour décrocher ce titre si prestigieux de champion du monde, ce que vous n'avez pas manqué de faire au Canada", souligna M. Reyssier, en rappelant le sang-froid, la concentration, la maitrise de soit, l'attention qui sont prépondérants dans cette discipline. "Une discipline, sans oublier le club, qui bénéficiera et profitera sans aucun doute de ce succès".


Au nom du conseil municipal et de la population châlonnaise M.Reyssier remit la médaille de la ville à Jean-Luc Tricoire. "Merci pour cette réception", dit tout simplement le champion du monde, tout aussi ému que sur le podium d'Edmonton.

Remise de la médaille de la ville

 
L'EST REPUBLICAIN :

Jean-Luc Tricoire : la consécration de la persévérance


L'Est Républicain : Comment avez-vous aborder ces championnats ?

Jean-Luc Tricoire : Tout d'abord, je n'avais pas l'intention de tirer au 10 mètres. Nous avons eu toutefois 3 jours pour récupérer du voyage avant d'entamer la compétition. Dans les épreuves à 50 mètres, les conditions de tir étaient exécrables : la pluie, le froid et la tension nerveuse très persistante. Au 10 mètres, j'ai abordé l'épreuve plus décontracté et ma première passe m'a mis en confiance, alors je me suis accroché. Finalement, j'ai gagné, pulvérisant le record de France de 14 points (386 points).

E.R. : Pourquoi pratiquez-vous cette discipline plutôt qu'une autre ?

J.L.T. : Comme la plupart des tireurs, j'ai démarré par la carabine en cible fixe. Lorsque le stand de Châlons a été créé, j'ai décidé de me lancer dans cette discipline qui me paraît plus distrayante, notamment le 50 mètres.

E.R. : Votre titre a été acquis au 10 mètres, pourtant vous préférez le 50 mètres.

J.L.T. : J'ai commencé en effet par le 50 mètres, mais le 10 mètres est un excellent entraînement. En plus l'hiver il est plus facile de la pratiquer.

E.R. : Vos perspectives pour l'avenir.

J.L.T. : Tout d'abord, les championnats de France à Vittel dans 15 jours, puis à l'horizon se profilent les J.O. 1984. Je m'entraîne 2 heures par jour, ce tous les 2 jours mais en hiver du fait que la nuit tombe vite, je dois prendre des heures sur mon travail pour me consacrer à mon sport. La fédération va tachée de faire quelque chose en ce sens en vue de la préparation des J.O. 1984 à Los Angeles. Je suis en effet obligé de prendre des congés sans solde pour mes diverses rencontres internationales. Je suis alors rémunéré par le ministère des sports.


Article de J.D.S


Fourbu par le voyage et un décalage horaire de huit heures, mais très heureux évidemment de ce qui lui était arrivé. Jean-Luc Tricoire revécut bien volontiers ces championnats du monde d'Edmonton. 

En premier lieu la chaleur de la cérémonie d'ouverture. Mais aussitôt les trombes d'eau et le froid qui régnèrent durant les compétitions. "A 50m, je n'ai jamais tiré dans des conditions pareilles. Entre la cible et nous, on avait l'impression d'une piscine". 
En salle, dans un drugstore désaffecté, les conditions furent différentes à 10m. Mais cette fois il n'y avait pas d'éclairage particulier sur les cibles. 

Une première passe superbe 

Après une journée d'entrainement non concluante, Tricoire disputait donc la dernière épreuve avec un peu de lassitude mais également avec plus de décontraction et moins d'appréhension. 
"Va savoir pourquoi mais la forme était là" se rappelle-t-il d'entrée avant de retracer son concours. 
"Au cours de la première passe de vingt balles, j'ai réussi 197 sur 200, soit dix-sept "dix" et trois "neuf". Alors que les deux Russes les plus dangereux réalisèrent 194 et 188 pour Sokolov. J'étais alors en tête et je me suis dit qu'il fallait que je m'accroche pour la seconde passe. Alors au lieu de trainer au stand j'ai piqué un petit roupillon à l'hôtel pendant une heure. 
J'étais pratiquement le dernier à tirer la seconde passe, que rata complètement le Russe à 194 à l'issue de la première. Par contre, Sokolov réussit un concours dingue et impensable pour sa deuxième passe en vitesse rapide : 197 sur 200. Il pensait bien alors tenir le titre. 
Il fallait donc que je fasse dans les 190. Malgré des dernières balles très dures nerveusement, et bien que j'ai "planté" un six et un sept, j'ai fait 189, c'est à dire quatorze "10", quatre "9", un "6" et un "7". 
J'ai su que j'étais champion du monde à la dernière balle, très très dure, qui fut un 9." 

Tricoire allait donc monter sur la plus haute marche du podium et écouter la Marseillaise. "Ca fait tout drôle". Il montait également sur la seconde marche avec l'équipe de France (Guyot 9 individuellement et Gasquet 21 qui avait raté son concours), une équipe qui finissait deuxième avec 1104 points derrière l'URSS 1121 points. 

Un contrat de préparation olympique 

Avec 386 points, Jean-Luc Tricoire pulvérisait le record de France de Gasquet (372 points). Il détient dorénavant les trois records de France à 10m et à 50m."Je préfère encore cette dernière distance. Mais maintenant, je vais soigner mon 10m." 
Ayant retrouvé sa ville, son club, son épouse Roseline, qui n'avait pu manger et dormir lorsqu'elle apprit la nouvelle, et son fils David, né le 5 mars 81, qui eut un adorable mot d'enfant ("Papa il est champion, moi aussi champion!"), Tricoire doit maintenant se tourner vers l'avenir. 

Il y a d'abord les championnats de France dans quinze jours à Vittel, puis les championnats d'Europe à Bucarest (Roumanie) fin aout-début septembre. 
Mais en toile de fond se profilent déjà les Jeux Olympiques de 1984 à Los Angeles, ses premiers Jeux, puisque la France boycotta ceux de 1980 à Moscou en ce qui concerne le tir. 

"Mon rêve, comme tout le monde, reconnait-il, c'est un titre de champion olympique". 

Rappelons que pour ces Jeux, le sanglier courant se dispute exclusivement à 50m en vitesse olympique, c'est à dire trente balles lentes, puis trente balles rapides. 
Il va donc se préparer pour ces Jeux de Los Angeles avec vraisemblablement (espérons-le) un contrat de préparation olympique entre le ministère de la Jeunesse et des Sports et son employeur la Soudure Autogène Française. 
Filiériste à la SAF, Jean-Luc Tricoire travaille actuellement 38h30, de 7 heures à 12 h 15 et de 13 h 45 à 16 h30. Il s'entraîne après son travail (mais avec bien des problèmes en hiver) et prend des congés sans solde pour ses compétitions nationales et internationales, son salaire mensuel lui étant alors assuré par le ministère. 

Son contrat lui permettra de disposer de temps libre les mardis et vendredis matins et les mercredis après-midi, selon ses désirs. "Je souhaite en effet du temps le matin pour l'hiver, pour de l'entraînement spécifique, mais également pour la condition physique et la musculation, ce que je ne peux pas faire en temps normal". 
En principe, Jean-Luc Tricoire devrait reprendre son boulot aujourd'hui jeudi, à 7 heures. "Mais ça m'étonnerait que j'y aille, avoue-t-il, car avec le décalage horaire, je suis crevé". 

Un titre de champion du monde mérite bien cette petite faveur. 

Article de Jacques VALENTIN.

Champion du monde en 1983, J-L Tricoire rêve d'une médaille olympique en 1984

A quelques heures de "basculer" dans cette année bissextile, au cours d'un réveillon simple et familial, Jean-luc Tricoire, entouré de son épouse Roseline, au sourire timide de La Réunion, et de son fils David, 3 ans, tout fier de la belle voiture amenée par le Père Noël, nous a reçu dans son appartement de la Croix-Dampierre.

Les souvenirs de 83, la réalité du moment présent, les rêves de 84; Jean-Luc feuilleta pour nos lecteurs les pages d'une tranche de sa vie.


Une page tournée


"1983 restera à jamais une grande année, l'année du titre mondial. Ca m'a fait plaisir, bien sûr, mais maintenant, c'est du passé, la page est tournée, je pense déjà à 84".

Jean-Luc Tricoire est heureux. Mais sagement, il ne veut pas s'endormir sur ses lauriers, des lauriers qui ont peut-être fait découvrir un peu plus le sanglier courant autour de lui, mais qui n'ont rien changé dans sa vie de tous les jours, hormis une carte de félicitations de son patron, une réception à la Ligue et à l'hôtel de ville. "Toutefois, précise-t-il, la Fédération s'occupe davantage de moi, de mes problèmes de munitions, du stand où je tire". Ainsi, grâce à ce titre mondial, le stand Barat va certainement bénéficier d'un boitier électronique et de deux caméras vidéo avec écran de contrôle.

Et surtout ce titre va le libérer pour les prochaines compétitions et lui permettre de ne plus connaître "la peur de gagner".

Ce titre, Jean-Luc l'a obtenu au cours de sa sixième saison de sanglier courant, à l'issue de nombreuses heures d'entraînement (dix heures hebdomadaires de tir, plus du footing et de la musculation) et également après des échecs : "Il faut avoir des défaites dans la vie pour savoir en tirer des conclusions", aime-t-il conseiller aux jeunes.

Ce titre enfin a fait oublier quelques instants les longues heures d'absence de la maison et... d'attente de Roseline et de David, qui sont tous les deux (heureusement) passionnés également par le tir.
 
Un souci en moins

Cela risque pas de changer en 1984, année olympique. Bien au contraire, même!

Durant tout l'hiver, se disputeront les compétitions à 10 mètres, une distance qu'il soigne plus depuis son titre mondial : "Mais je préfère encore le 50m", reconnait-il.

Match en Norvège ce 14 janvier, championnats de France en février et d'Europe en mars. Et ce sera fini pour le 10m. Le sanglier courant se tirera alors à 50m, la distance olympique, et qui lui a valu une quatrième place mondiale à Séoul, en 1978.

Jean-Luc Tricoire enchaînera ensuite des stages en mars, une tournée au Mexique et aux USA en avril, des matches en Roumanie et en Allemagne de l'Est en mai, en Allemagne de l'ouest et en Hongrie en juin.


Noël et jour de l'an à la maison.
 Jean-Luc Tricoire sur la plus haute marche du podium d'Edmonton.

Les Jeux Olympiques de Los Angeles (fin juillet-début aout) seront alors vite là, des Jeux pour lesquels il est pratiquement qualifié. "La Fédération m'a dit de préparer les Jeux, sans penser aux séléctions. Voila un souci de moins", apprécie Jean-Luc Trcoire, actuellement plus préoccupé par sa situation professionnelle.

Jeux Olympiques : on devine aisément qu'il s'agit là du rêve de Jean-Luc : "Etre champion olympique, c'est mon but pour cette année. L'or me ferait plaisir, mais une place dans les trois premiers, je la prendrais quand même."

En cette période de fête, ce rêve sera évidemment le voeu que formulent Jean-Luc Tricoire, sa famille et tous ses amis. "Un bon résultat permettrait peut-être au tir d'être moins ignoré par les médias. C'est la Fédération la plus médaillée et on n'en parle pas. Avec une arme à feu, on nous prend pour des malfrats. C'est un peu dommage", regrette-t-il.

Toutefois, Jean-Luc ne veut pas rester sur ce voeu purement sportif : "Pour 1984, je souhaite que tout le monde soit heureux et... une année sans guerre".

Puisse-t-il être entendu! Salut champion!


Article de Jacques Valentin