1984, Jeux Olympiques

26 mars - 26 avril 1984, rencontres préolympiques à Mexico.

Jean-Luc Tricoire y affronte la majeure partie de ses futurs adversaires des Jeux Olympiques. Le Champenois figure parmi les dix meilleurs mondiaux et connait déjà une bonne partie des candidats au podium olympique.


"A chaque coup, il faut faire le vide et repartir à zéro, explique Jean-Luc Tricoire. A chaque cartouche, le tireur se remet en question. Jusqu'au dernier coup, tout peut chavirer ...".


Pour parvenir à être l'un des meilleurs tireurs au monde, J-L Tricoire s'entraine deux heures par jour. Il tire relativement peu, une centaine de cartouches, mais consacre beaucoup de temps à se régler, à se concentrer, à se préparer psychologiquement.


C'est là que se situe la différence : "Nous sommes une dizaine à être techniquement au même niveau, c'est sur le plan du mental que se jouent les titres." Un aspect où les tireurs de l'Est - Soviétiques, Hongrois et Polonais - dominent les autres nations.


Mai 1984, le Directeur technique fait les sélections pour les Jeux Olympiques.

Pour les J.O., la distance retenue est de 50m, et Jean-Luc Tricoire dut se réadapter à cette longueur, avec des résultats plus qu'encourageants : se hissant à la seconde place à Mexico, il égalait un record de France acquis en 1981 au pays (585 pts), après être resté quatre jours en chambre ! Le soleil d'Accapulco n'est pas celui de Châlons et lui brûla les jambes et le sommet des pieds au deuxième degré. Repos, soins intensifs, et l'équipe de France se classait également à la seconde place par équipes.

A Los Angeles, Jean-Luc rééditait sa performance, portant son record à 586 points, cette fois avec une place de quatrième.

Sur les quatre concurrents en lice pour les deux places de la sélection, le licencié de la S.M.T.C. est le seul à avoir accompli les minima olympiques nécessaires pour obtenir le billet de Los Angeles. "Il est fidèle à lui-même, et fort en ce moment", constata son coéquipier Patrice de Mullenheim.


Après la présélection "ratée" en 1980 pour cause de boycottage des Jeux de Moscou, J-L Tricoire fera donc partie de l'équipe de France qui se rendra aux Etats-Unis du 23 juillet au 12 août, dans l'espoir caché mais vivant, d'une place sur le podium. Son objectif pour les Jeux est déjà fixé à un nombre de points connus de lui seul, qui devrait lui permettre de mettre en échec les redoutables tireurs de l'Est, Soviétiques et Hongrois.

Désormais, rien ne sera négligé pour l'entrainement : la ciblerie du stand de tir de Châlons sera réhaussée à une hauteur égale à celle des installations américaines. De son côté, la Fédération envoie à chaque tireur des agrandissements des stands de tir où évolueront les Français, afin que chacun puisse s'imprégner du cadre dans lequel il évoluera !


Quant aux règles de vie, Jean-Luc ne fera aucune dérogation aux habitudes quotidiennes, sans régime spécifique, se concentrant sur la préparation mentale et physique. Dix jours avant les Jeux, la carabine sera mise "au placard" pour n'en ressortir qu'au moment de la compétition, ceci afin de trouver en plus ce plaisir qui lui permet de mieux tirer. Car à 31 ans, Jean-Luc n'est pas blasé par un sport où il se découvrit une vocation un peu par hasard, un sport amateur qui ne lui rapporte pas d'espèces sonnantes et trébuchantes, et c'est pourquoi la charmante famille dont il est désormais si souvent éloigné, ne pourra l'accompagner à Los Angeles.


30 juillet 1984, Jeux Olympiques : tout se joue aujourd'hui et demain.

Depuis une semaine, le tireur châlonnais Jean-Luc Tricoire se trouve à Los Angeles, pour disputer ses premiers jeux olympiques, un boycott français de la F.F.T. l'en ayant empêché en 1980 à Moscou.


Logé comme tous les autres tireurs français dans des mobil-homes pour être tout près du stand de tir, Jean-Luc va être l'un des athlètes français les plus rapidement fixés sur leur sort. En effet, la compétition du sanglier courant (vitesse olympique) se dispute aujourd'hui (vitesse lente 30 coups). Les compétitions ont lieu le matin aux Etats-Unis, ce qui correspondra pour nous à une fin des tirs vers 23 heures (heure française).


Mardi soir, vers minuit donc (avec une première indication, lundi soir), on saura ce qu'à réalisé Tricoire, l'un des favoris de l'épreuve après le boycott des tireurs de l'Est, incontestablement, ses plus dangereux rivaux.

Champion du monde l'an dernier à Edmonton (Canada) à 10 mètres, Jean-Luc maintenait pourtant qu'il préférait le 50 mètres. Et c'est justement la distance olympique.

Avant de s'envoler pour les Etats-Unis, Jean-Luc a, au cours de deux entraînements, au stand de tir de Châlons, réalisé 591 et 592 (avec notamment un 300 sur 300 vitesse lente) alors que son record de France n'est que de 586.


Tricoire est assurément en forme... olympique et il a, de plus, confiance en ses moyens qui sont du reste importants. Espérons que la pression ne sera pas trop forte sur lui et qu'il supportera pas trop difficilement son rôle de favori. Certes, il ne faut pas vendre la peau du... sanglier avant de l'avoir tué. Mais attendons néanmoins avec confiance la prestation de Jean-Luc.

Mardi soir encore plus que les autres soirs, de nombreux Châlonnais seront, n'en doutons pas, à l'écoute des Jeux Olympiques.


Article de Jacques Valentin.


2 aout 1984, Jean-Luc Tricoire 10e : déception à Châlons.

Même si une dixième place reste tout à fait honorable pour une première participation olympique, le résultat de Jean-Luc Tricoire a été accompagné d'un peu de déception quand il a été connu hier à Châlons.

"Je l'ai appris à six heures et demie du matin par la radio" nous a confié son épouse Roseline "et j'ai alors su qu'il n'avait pas de médaille. J'ai été déçue." Et quand elle apprit plus tard que Jean-Luc n'avait réalisé que 575 points, elle ajouta : "C'est pas possible. Qu'est-ce qui s'est passé?".


Une chaleur épouvantable, un vent tournant et vraisemblablement la pression olympique - "qui ne doit pas être la même que celle d'un championnat du monde" remarquait son camarade de club Michel Bastien - ont sans aucun doute joué un grand rôle dans cette compétition. 


"Un tel résultat fait mal au coeur", disait Michel Bastien. Dixième avec 575 points Jean-Luc Tricoire finit à douze points du vainqueur, le Chinois Liu, 587 points. Son record de France (586 pts) lui aurait permis d'enlever la médaille d'argent, et sa moyenne habituelle (582 pts) celle de bronze.


"Etre champion olympique, c'est mon but pour cette année. Mais une place dans les trois premiers me ferait néanmoins plaisir" nous confiait-il cet hiver.

Cela ne s'est pas produit à Los Angeles. Dommage. Espérons simplement que ce n'est que partie remise pour 1988 à Séoul. C'est justement dans la capitale de la Corée que Jean-Luc avait obtenu son premier résultat important au niveau international. Alors !


Article de Jacques Valentin.

Retour sur les Jeux Olympiques


"Je suis très déçu du résultat, compte tenu de mes possibilités démontrées lors des entraînements précédents et compte tenu de ma moyenne de l'année (582), qui me donnait, sur le papier, la médaille de bronze, dit Jean-Luc Tricoire, auteur à Los Angeles d'un 575, loin de son record de France (586). 

Un bon concours en vitesse rapide (288 pts soit la troisième performance), le deuxième jour ne pouvait malheureusement pas racheter l'échec du premier jour en vitesse lente.

Aux environs de midi, - une heure qui ne lui convient guère - Tricoire réalisait un 10 au passage de droite à gauche du sanglier, puis un 9 au passage de gauche à droite, puis de nouveau la même série : un 10 et un 9. "J'ai eu peur de ces deux balles perdues d'entrée, reconnaît Jean-Luc, et j'ai commencé à me poser des questions ; j'ai alors voulu régler ma carabine. Mais ça m'a perturbé et j'ai perdu des points".

Même si rien n'est jamais totalement perdu après la vitesse lente pour le sanglier courant, le retard était trop important.


Un entraînement de trop


A ce retard, à ces perturbations, Tricoire apporte quelques explications. En premier lieu, les jours qui ont précédé à la compétition : "Partis le lundi 23, nous sommes arrivés le lundi même à Los Angeles, compte tenu du décalage horaire. Après un repos le mardi, deux entraînements le mercredi et le jeudi qui ont marché très fort, peut-être même trop bien".

Les tireurs français qui vivaient dans des "mobil-homes" à proximité du stand de tir, à une centaine de kilomètres du Coliseum, connaissaient ensuite une journée très épuisante le samedi avec la cérémonie d'ouverture, une journée belle certes, mais pénible avec ses déplacements et son attente.


Un entraînement officiel était organisé le dimanche, exactement dans les mêmes conditions que le match du lendemain. "Ce fut là mon erreur, reconnaît Tricoire, je n'aurais pas dû le faire. Je me suis pratiquement donné à fond. J'aurais pu garder des réserves pour le lendemain. Les Chinois n'ont pas fait cet entraînement".


A cette débauche d'énergie, s'ajouta également un autre handicap de taille : la chaleur. "Ce fut quelque chose d'horrible surtout sur le pas de tir où il faisait plus de quarante degrés, souffre encore Jean-Luc Tricoire. A ce pas de tir étouffant et dans lequel avait pris place un monde fou, on manquait vraiment d'air ! et d'insister : la chaleur, la canicule étaient vraiment insupportables". Et effectivement Tricoire qui avait, jusque Los Angeles, disputé toutes ses compétitions dans une température plutôt fraîche, ne supporta pas ce véritable sauna. Et complétement en nage, les vêtements trempés, il laissa envoler toute bonne performance. "J'ai tout perdu au cours de la vitesse lente".


Une très belle expérience


Déçu, Tricoire l'est, bien sûr. Mais il reste néanmoins heureux d'avoir participé à ses premiers Jeux Olympiques. "C'est vraiment quelque chose de grandiose. C'est merveilleux. Ca n'a rien de comparable avec un championnat du monde. L'atmosphère, l'ambiance, c'est quelque chose...".

Il est certain que durant de longues semaines, de nombreuses images des Jeux et de Los Angeles vont défiler devant les yeux de Jean-Luc Tricoire. Ainsi, il reverra longtemps la cérémonie d'ouverture avec un déplacement longuet et une attente interminable. "Mais l'entrée sur le stade fut vraiment impressionnante. Et l'arrivée de la flamme olympique et le chant de la paix furent deux moments très émouvants".



"Quant à la tenue olympique, on la trouvait bien, mais on croyait qu'on aurait défilé avec la veste", ajoute-t-il simplement.

De même, il n'oubliera pas de sitôt sa journée passée à Disneyland, l'accueil très chaleureux et les nombreuses invitations des habitants. Le commerce réalisé autour des Jeux, ainsi que la sécurité toujours présente, le chauvinisme des Américains pour leurs participants, la fête de l'équipe de France pour les médailles de Bury et d'Héberlé, mais également l'étendue et la dispersion des installations sportives. "J'aurais bien voulu voir la boxe et l'athlétisme, mais c'était beaucoup trop loin et l'on n'avait pas de véhicules", regrette-t-il tout de même un peu, avec des billets de boxe à la main qui n'ont pu servir.

"La participation aux Jeux olympiques reste une très grande et très belle expérience dans la vie d'un sportif, tant pour la compétition que pour l'environnement, ça reste un but irremplaçable" apprécie Tricoire, même si cela entraîne un décalage horaire très ressenti au retour. Après quelques jours de coupure complète avec le tir, Jean-Luc va de nouveau se remettre à viser longuement le sanglier courant. Ses prochains objectifs ? Les championnats de France à la fin du mois à Gien, puis l'an prochain, les championnants d'Europe en Epagne et les championnats du monde au Mexique. Mais à plus long terme, ce sont (déjà), les Jeux Olympiques de 1988 à Séoul qui se profilent à l'horizon. "Je suis déjà allé en Corée en 1978 pour les championnats du monde où j'avais terminé quatrième, rappelle-t-il en précisant bien, ça reste actuellement mon meilleur souvenir", avant de conclure, "j'ai vraiment envie d'y retourner. Je suis sûr que les Jeux de Séoul en 88 seront encore plus grandioses que ceux de Los Angeles. Rendez-vous à Séoul !".

Il est d'ores et déjà pris.


Article de Jacques Valentin.



19 aout 1984, retour sur les JO.

Que s'est il donc produit pour que le possesseur du titre mondial se laisse enfoncer dans les profondeurs du classement ? J-L Tricoire pense que la chaleur ("c'était pratiquement irrespirable, dit-il, sous ce hangar où s'étaient agglutinés de nombeux spectateurs") et l'extrême tension de l'attente ont miné la forme affichée les jours précédents. "Pourtant, reconnaît-il, une fois installé sur le pas de tir, tout s'efface."


Le Châlonnais prit un mauvais départ en perdant de deux à trois points sur les cinq premières balles. "D'ordinaire, sur 30 balles, j'en perds au maximum cinq." Trop d'impacts se retrouvèrent en haut à droite. "J'ai cliqué la lunette, raconte-t-il, pour régler vers le centre. Cela a été mieux et je suis rentré dans le dix. Mais psychologiquement, ce n'était plus ça et le ratage des premières balles m'avait perturbé définitivement. Je n'ai réalisé que 287 en vitesse lente alors que le premier avait marqué 298. Avec 295 points, c'était rattrapable, pas avec 11 points de retard !"


Ayant retrouvé à Châlons sa femme, son fils et... son usine, J-L Tricoire décompresse. Pas question de retourner au stand de tir. "J'ai trop tiré. Pour faire de bons résultats, il faut avoir envie de tirer." Jusqu'aux championnats de France prévus fin août, il va donc se reposer.


Classement des J.O.

OR - Yuwei Liu (Chine)

ARGENT - Helmut Bellingrodt (Colombie)

BRONZE - Shiping Huang (Chine)

10e Jean-Luc Tricoire (France) ; 21e David Abihssira (France)