1987

Janvier 1987, Championnats interrégionaux de tir 10m à Cambrai.
Jean-Luc Tricoire est premier avec 366 points.
Février 1987, Championnats de France de Beauvais. 
Par équipe la SMTC enlève le titre national devant Strasbourg et Libourne. En individuel, Jean-Luc Tricoire arrive 2ème avec 363 points.

Aux sélections nationales qui ont suivi, Tricoire réalise successivement 372 points et 356, il fera partie de l'équipe de France pour les championnats d'Europe en Tchécoslovaquie.


Mars 1987, Championnats d'Europe Bratislava.

L'ambition de Jean-Luc Tricoire, en individuel, est de se classer dans les cinq premiers du tir au sanglier courant. "Ce sera tout de même difficile car les pays de l'Est sont très forts. Par équipe nous espérons finir dans les trois premiers" explique le vice-champion du monde. Tricoire aura à ses côtés David Abihissira et Gilles Roubaud.

Après Bratislava, les Français effectueront une tournée préolympique. Première étape Cuba, du 13 au 20 mars, où les équipes de France tâcheront d'obtenir les quotas de qualification pour les J.O. "Pour moi qui suis qualifié, ce sera un match d'entraînement " explique le Châlonnais. Du 23 mars au 6 avril, ce sera Mexico.


Avril 1987, Tournoi Benito-Juarez à Mexico.

J-L Tricoire termine deuxième avec 677 points, derrière le Soviétique Konev (679).


Juillet 1987, Championnats de France 50 m à Strasbourg.

Si je ne me trompe, nous n'avions jamais vu, dans la même catégorie Senior d'un championnat de France, les Tricoire, Guiot brothers, Abihssira, Roubaud, Denée, Zaza, Chartron.
Les seniors, assez curieusement, ont généralement marqué le pas cette année. Vingt et un tireurs (v
ingt trois au mixte). Et des scores en baisse. Les conditions de tir étaient un peu nouvelles, et les anciens s'adaptent moins bien que les jeunes. Les habitudes sont parfois de sérieux obstacles.

Tricoire est inamovible (s'il continue, il sera hors match). Je crois que jamais, exception faite du Michel Carrega de la grande époque, un tireur n'a dominé aussi constamment une discipline. En dix championnats, il aura récolté neuf titres olympiques, auxquels il faut ajouter sept titres sur sept en mixte (n'oublions pas dix sur douze à dix mètres). C'est exceptionnel. Et ce n'est pas fini.
Il tire cette année 586, en me laissant l'impression de ne pas avoir fait aussi bien qu'il aurait pu. C'est un comble!
Freddi Guiot est second. A 570. C'est loin.
David Abihssira arrive avec plus de deux mois d'arrêt d'entraînement, et un manque de compétition évident. Résultat : 561.


La Finale

Pour commencer, duel fraticide entre les Guiot brothers. Freddi craque devant Thierry : 88 contre 92, et du souci à se faire pour la deuxième place. Abihissira et Tricoire suivent, et, en effet, font parler la poudre : Jean-Luc, 91. Et David 96 : jusqu'à la dernière cartouche, il est peut-être second. Avec un dix. Ce sera un neuf et la médaille de bronze.
Résultats : JLT 586+91 677 ; FG 570+88 658 ; DA 561+96 657

Le mixte revient a TRICOIRE

Michel Denée retrouve le podium : 3ème avec 380, il nous rappelle qu'il affectionne particulièrement le mixte. Le mixte revient à Tricoire, devant Freddi Guiot. Chartron est sur les talons d'Abihissira pour la quatrième place.

Article de Bernard Gasquet (Les Cahiers du Pistolier)

Le trio Tricoire-Chartron-Bastien remporte également le titre national par équipes en discipline olympique, mais manque de seulement 4 points le titre en mixte.


Juillet 1987, Championnats d'Europe en Finlande.

Jean-Luc Tricoire se classe 16ème avec 579 points. La victoire est revenue au Soviétique Nikolaï Lapin. Par équipe, la France s'est classée 6ème.


5 octobre 1987 - La chasse aux quotas est fermée (Séoul)
COUPE DU MONDE DES DISCIPLINES OLYMPIQUES

En Sanglier Courant, seul Tricoire est du voyage. Deux solutions étaient possibles :
 - Jouer la carte du quota restant à gagner et faire une (ou deux) places à Abihissira et Chartron.
 - Jouer la carte de la préparation des Jeux pour Jean-Luc.
C'est cette deuxième option qui fut choisie, après une concertation exemplaire. L'avenir prouva que ce fut la bonne.
Jean-Luc arrive à Séoul bien reposé. Peut-être même un peu à court de tir : un mois d'aout en vacances, et une semaine à Nouméa où l'absence de ciblerie mobile (c'était prévu) allait le cantonner dans du tir sur cible fixe. Mais il n'a jamais été, par tempérament, un "mangeur" de cartouches.

Plus grave est ce que nous découvrons en arrivant ici : depuis 1978, nous avons oublié que le stand a un seul gros défaut : la ciblerie passe beaucoup plus haut que ce que avons l'habitude de voir : 1,50 m à 1,80 m plus élevée qu'à Châlons ou Gien par exemple.
C'est le genre de caractéristique devant lesquelles Jean-Luc est particulièrement démuni. Il doit modifier radicalement le réglage de sa crosse, et même son geste technique. La perturbation est grande.
Le premier jour d'entraînement est inquiétant. Puis les cinq suivants vont permettre peu à peu de s'adapter.

La dernière séance est même satisfaisante. Mais la séquence technique a du être modifiée. Le replâtrage va-t-il tenir ? Toujours est-il que je me félicite d'avoir choisi cette répétition des J.O. pour notre numéro un. Je frémis à la pensée qu'il aurait pu se trouver confronté au problème en 1988; une semaine avant la compétition suprême...
Deuxième (petit) défaut : le tireur est légèrement excentré sur la droite, par rapport à l'axe de la ciblerie; ce qui accentue encore la perturbation et oblige à modifier le positionnement général du corps.
Bref, Tricoire va travailler un peu sans filet ici. La conclusion ne se fait pas attendre : 289 en vitesse lente le premier jour, avec trois fautes lourdes : mauvaise épaulée, non calage de la crosse à la joue, et non respect de la zone habituelle de lâcher = trois huit.
Vu la qualité des clients présents (tous les meilleurs), un "petit" score en vitesse lente vous relègue tout de suite à la ... 29ème place. Tant pis. Il faut payer pour savoir.

Le stand réussit bien à certains (généralement les plus de 1,80m) = 298 pour Avramenko, mais aussi et surtout pour Stutzinger, le junior ouest-allemand. Lahti Hermann (est-allemand), Tod Bensley et Mike English (USA) sortent 296.
Comment s'est comporté Jean-Luc en vitesse rapide ? 286 est davantage conforme à ce que nous connaissons de lui. L'adaptation commence à se faire... Le total de 577 le relègue quand même à la 18ème place. Impitoyable. Pour la gloire, Avramenko, Bensley, Solti et Li vont disputer la finale.
Résultats : Avramenko 594+96 690 ; Solti 587+99 686 ; Bensley 589+97 686

Bilan de l'opération

Contrairement à ce que nous attendions, le dernier quota s'est joué dans les sommets, 597, c'est très cher. Ni David ni Jean-Marc n'auraient pu aller le chercher là. Pas de regret. Les quotas J.O., c'est donc fini.

Tricoire sera le seul représentant de la France mais aussi de la vieille Europe de l'Ouest.

Quand nous avons repris l'avion pour Paris, via Anchorage, à l'horloge électronique de la grande place de Séoul, le compte à rebours marquait : J.O. - 349.

Article de Bernard Gasquet (Les Cahiers du Pistolier)


Octobre 1987, Championnats du monde à Budapest.

Le Châlonnais est monté sur la plus haute marche du podium au sanglier courant à 10 m avec un total de 386 points (192 + 194) devant le Tchèque Racnsky, 385 qui le devançait pourtant d'un petit point à l'issue de la première série.

Entre ces deux hommes, la lutte fut superbe et la médaille d'or se joua à très peu de choses. Tricoire qui avait peut-être les nerfs plus solides, refaisait son handicap dans la seconde série et prenait même un point d'avance qu'il conservait jusqu'au bout alors que le Soviétique Schacharivkov, loin derrière, s'octroyait le bronze avec 378.

A 34 ans, le sociétaire de la SMTC décroche donc une deuxième consécration mondiale qui récompense de façon tout à fait mérité, les efforts consentis à longueur d'année pour demeuré au sommet de cette discipline.


Décembre 1987, Comité départemental de la Marne de la FFT.

Le comité a remis son challenge départemental au Châlonnais Jean-Luc Tricoire récent champion du monde au sanglier courant pour l'ensemble de ses brillants résultats.

Directeur départemental de la Jeunesse et des Sports, M. Jean Mauviel a profité de cette assemblée pour remettre à Jean-Luc Tricoire la médaille d'argent de la Jeunesse et des Sports, une médaille qui récompense une carrière débutée il y a tout juste dix ans, en janvier 78 et surtout au palmarès tout à fait prestigieux.

Qu'on en juge : 19 titres nationaux et 5 places de 2ème en 25 championnats de France. 4ème aux championnats du monde en vitesse mixte à Séoul en 1978, champion du monde à 10m à Edmonton en 1983 et à Budapest en 1987. ("Deux fois champion du monde à quatre ans d'intervalle, c'est exceptionnel" souligna le directeur), 2ème aux championnats du monde à Suhl en 1986 et 10ème aux J.O. à Los Angeles en 1984.



 
 
 
Ve CHAMPIONNAT DU MONDE 10 METRES BUDAPEST 
La vitesse lente fait sortir Bensley du bois. L'Américain fait 194. A un point, Racansky, champion sortant et Greszkiewicz. Et, tout près derrière avec 192, Tricoire attend, tapi dans l'ombre... Jean-Luc n'est pas à son top niveau en ce moment. Et, malgré tout, il arrive à se mobiliser suffisamment pour assurer des bons points. De plus, il a fait changer les ressorts de sa carabine hier... Et le départ du coup est plus sec. Les sensations ne sont plus en place. C'est beaucoup pour un seul homme... Je ne sais pas ce que demain va donner, mais il y a déjà du dégât parmi les grands (qui sont tous venu) : Lapin tire 179, Solti 188 et Doleschall 180. Et malheureusement nos deux autres Français sont hors du coup : Abihissira plafonne à 182, sans arriver à rentrer vraiment dans le match. Même phénomène mais plus prononcé pour Chartron : 178. A la fin de journée, l'équipe a perdu tout espoir de figurer.

En vitesse rapide, David est premier en cartes. Il tire aussi le tout premier zéro du jour... Commencer avec une bulle au premier passage, c'est très dur. Résultat : 173. Total : 355. Le petit Polonais Greszkiewicz entre en scène. Juste devant Jean-Luc. Juste devant aussi aux points. Bons débuts. Bonne suite. Très sérieux client pour le titre... A quatre balles de la fin, montée de tension. Le Polonais lâche le coup pratiquement au départ de l'épaulée; alors que la cible apparaît. Le zéro s'impose. Le tireur prétend que la cible n'était pas sortie au moment du lâcher intempestif. Discussions.Interventions.Le tireur bénéficie du doute, mais reprend le match complètement cassé et perd sept points sur ses quatre derniers coups. Out.(D'autant plus qu'il écope de deux points de pénalité.) Titre et podium perdus. Jean-Luc a un concurrent de moins, mais aussi un échauffement détruit. On va voir. "On" : la salle est pleine à craquer. Tout le monde attend.
Démarrage correct. Sans plus : 95, c'est le minimum pour gagner une place de podium. La suite est brillante : 98. Certes, un dix est  miraculeusement rentré, alors que j'annonce une (fort) mauvaise balle (Jean-Luc aussi). Mais on ne peut pas gagner sans la chance. Car il a gagné, le bougre : 193. Celui lui donne 385 au total. Il nous a refait le coup d'Edmonton!
L'équipe de France, sur les gradins, fait démarrer une explosion d'applaudissements. Mais c'est le coup d'Edmonton jusqu'au bout. Racansky, le champion sortant, lui aussi a tiré 385. Barrage ? Pas barrage ? Minutes interminables. Et puis sur l'écran de l'ordinateur apparaît le score final officiel : 194. Total 386. Ouf. Tricoire décompresse et reprend des couleurs. (Il va m'avouer, plus tard, qu'il a mis plus d'une heure à récupérer...) Autre chance, il a tiré sa passe en début de match, avant tous les autres prétendants (comme à Suhl). Après lui, ils vont, un par un, sortir de la route, en finissant par Bensley : le dernier à tirer. A la septième balle, l'esprit de Tod se dérègle : 182. Il ne sera même pas sur le podium. L'Américain va pleurer derrière les gradins.
Pour donner une idée de la difficulté de tirer derrière le gros point de Jean-Luc, il faut savoir que pas un tireur (à part Racansky) ne dépassera 187 en vitesse rapide! Et au total, Tricoire aura asséné huit points au troisième, le Russe Schacharivkov, dix points à Avramenko, Kermiet et Bensley.
Jean-Marc tire 175. Total : 353. C'est loin de son potentiel.

Un dernier mot sur ce qu'à fait JLT dans ces deux jours. Techniquement, il n'était pas au "top". Nous le savions. Son matériel, qui plus est, le perturbait : obligé de faire des "heures sup", sur cible fixe, la veille du match, pour tenter de reprendre habitude et confiance en sa nouvelle détente. Mission impossible. Il ne retrouva jamais son "timing" de tout le match. Il est allé chercher ailleurs ce qui lui manquait : quelques points forts de sensations vécues qui permettent à la vigilance de monter d'un cran, de limiter les questions et les réponses à ce qui est strictement nécessaire, à l'action immédiate, et qui demeure parfaitement connu. Aujourd'hui, il a peut-être gagné parce qu'il n'était pas le plus fort.

Article de Bernard Gasquet  (Les Cahiers du Pistolier)


"Il a dans les bras et dans la tête tout ce qu'il faut pour devenir le meilleur" Bernard Gasquet, entraîneur national du sanglier courant.



A un an des Jeux Olympiques de Séoul, le directeur technique national du tir, Jean-Richard Germont, est venu rendre visite à Châlons, à Jean-Luc Tricoire, "de très loin le meilleur tireur français au sanglier courant et fait partie de l'Elite mondiale".

"C'est de bon augure à un an des Jeux et incontestablement ça me met en confiance", reconnait Jean-Luc, qui vient de recevoir de la Fédération deux nouvelles lunettes pour sa carabine : une pour le dix mètres et une pour le cinquante mètres, la discipline qu'il préfère toujours. "Ca va me permettre de m'entrainer aux deux en même temps", apprécie-t-il.

Actuellement, Tricoire prépare les championnats d'Europe en Finlande, puis les championnats du monde à dix mètres, à Budapest. Un stage en Nouvelle-Calédonie et une visite au nouveau stand de tir de Séoul complèteront sa préparation pour les Jeux.

"Il est très bien, comme du reste toute l'équipe de France, bien dans sa peau", explique le DTN. "Et à Séoul, il sera encore mieux puisqu'il a une première expérience olympique. Je pense même qu'on aura une équipe de France encore plus forte qu'à Los Angeles".

Jean-Richard Germont : "un garçon intelligent, posé, travailleur, sérieux et sympathique"..."je n'ai pas de mérite d'être DTN d'un tel garçon".


Bernard Gasquet : "Il a un potentiel indispensable : celui de mobiliser son énergie et son attention dans les moments importants, voire difficiles. Il sait se recentrer sur l'essentiel, de façon positive. Il détermine son action par rapport au geste juste et non en fonction de la nécessité de ne pas faire l'erreur. Il possède aussi deux autres qualités de tireur de haute compétition. Il a une grande confiance en lui-même sans pour autant se prendre au sérieux. Il croit en lui mais il n'a pas besoin de sa reconnaissance par les autres pour avancer. Enfin, il est têtu mais il demeure ouvert à toutes les idées car il est curieux d'apprendre."

"Ce titre suprême vous est envié par des millions de tireurs dans le monde" dit M. Mauviel qui rendit hommage aux qualités de Jean-Luc Tricoire, tireur de haut niveau avec ce que cela suppose comme concentration et maîtrise de soi, volonté farouche de vaincre, lucidité et faculté d'analyse très pointue.
"Vous êtes un homme sage, patient, persévérant et j'ai déjà, à maintes reprises, constaté votre tempérament calme et votre pondération" ajouta le directeur en rappelant qu'il ne manquait qu'un titre ...olympique à Jean-Luc.

"Séoul a été en 1978, une première étape déterminante dans votre carrière, tous nos voeux vous accompagnent pour que Séoul en 1988 soit une étape décisive et spectaculaire pour vous et la Fédération Française de Tir".

Et M. Mauviel de conclure "Vos exploits sportifs ont souvent permis aux couleurs françaises d'être à l'honneur et saluées un peu partout dans le monde. La France vous est redevable de ce bilan prestigieux et la médaille qui vous est attribuée a été méritée de haute lutte".


COUPE DU MONDE : SUHL VERSION 1987

Tricoire se prépare. Ceinture, veste, chaussures. Peu de mots. Dans quarante minutes, il aura peut être réglé un vieux compte avec un record. Et atteint quelque chose d'un peu fou auquel il pense depuis longtemps.

Flash-Back

Hier, première journée d'enfer, Jean-Luc finit seul en tête : 299. Personne ici n'a jamais fait mieux. Le plein à gauche. Un petit neuf à droite. Vingt trois mouches sur trente balles. Un trou brillant au centre, gros comme un timbre poste.
Mais derrière lui, sur ses talons, une meute de l'Est : 298 pour Karkusiewicz (Polonais) et Surovcek (Tcheque hors match), 297 pour Doleschall (Hongrois) et Risch (RDA), 296 pour Greszkiewicz (Polonais),...
Si vous ne tirez "que" 290, vous êtes...trente huitième!

Un Double Finale

Revenons à aujourd'hui. Jean-Luc a fini de s'habiller. Il a cassé (comme d'habitude) un lacet de ses chaussures anthologiques. Tout va donc très bien. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que le petit matin a décimé ses poursuivants : le match se jouera au delà de 585. Tous les Polonais, Li, Doleschall, Kermiet, Jermann, Sokolov, Heiestadt, sont "out". Les gros points de la veille se paient aujourd'hui. Seuls Solti et Huang ont tiré fort : 294 et 292.
Les données du problème sont simples. Jean-Luc les connaît : tirer 291. Il tire 291. J'ai mangé mon stylo. Il a battu le record de France (le sien, mais quand même) : 590. Voila, c'est fait. Le compte est rond. Et ils sont trois ex-aequo. Felix Candia me dit : "Magic Man...". David Chapman vient me demander. "What does  he eat ?". Je lui réponds : "des steaks-frites".

Encore deux heures avant la finale. On remonte à l'hôtel. Pour me faire mentir, il commande une omelette et une bière. La bière, c'est le "medecin fou" qui va la boire... Dopping control. Petit gag indispensable dans toute bonne compétition : en sortant du stand, oubli total : on a gardé la carabine dans la voiture...

Finale. C'est la quatrième disputée par Jean-Luc au top-niveau : Munich 86 (World Cup), Suhl 86 (Mundial), Mexico 87 (World Cup). Et maintenant. Il est le seul à avoir été partout jusqu'au bout.
Svoboda et Huang annoncent la couleur : 98 et 97. Le quota est pour le tchèque (puisque Solti et Tricoire ont déjà le leur).

Solti et Jean-Luc prennent leurs places. Le tir parallèle est parfait: un neuf chacun à la même seconde, puis un deuxième, deux balles avant la fin. J'ai mangé mon dernier stylo, 98 tous les deux. Ils sont trois à 688. Remise à zéro des compteurs.

Tirage au sort : Jean-Luc passera le dernier. Je n'aime pas cela. Lui non plus. J'aime encore moins lorsque Solti tire 99. C'est du grand art. Aux frontières du possible. La tension tombe. L'attention aussi. Tricoire lâche un neuf, un huit, un sept : 94. Troisième. A un point du tchèque. On n'ose pas dire qu'il a perdu... Il a gagné, au fil des grands matches, une chose irremplaçable : une expérience unique : deux doubles finales.

Article de Bernard Gasquet (les Cahiers Du Pistolier 122)


NOUS, TES SOULIERS... 

L'ambiance stressante qui précède une finale, lors d'une Coupe du Monde par exemple, donne une importance inhabituelle aux petits détails pratiques. Pour Jean-Luc Tricoire, ce sont les lacets de ses chaussures qui deviennent les souffre-douleur avant la compétition.
Les chaussures du champion ont inspiré à B.Gasquet ces quelques lignes émouvantes.


Jusqu'à aujourd'hui, nous avons toujours été photographiés à tes pieds.
Avec eux, nous avons traîné nos semelles sur tous les stands du monde. Dans la poussière, le froid, la pluie, la neige, la chaleur, la boue. Sur le bois, l'herbe, la terre, le ciment, le tartan.
Nous sommes restés des heures à plat. A Caracas, à Los Angeles, à Mexico et Cuba, à Linz, à Buenos Aires, à Athènes et Budapest, à Bratislava, Bucarest, Helsinki. Au Canada. A Séoul.
Nous nous sommes posés sur des planchers ou des bétons de prestigieux podiums. Et quelques miettes de gloire nous sont alors tombées sur les languettes.
Nous sommes rentrés en traînant, les soirs de défaite. Pas souvent. Quelques larmes aux talons.
Nous avons usé des centaines de lacets coton. Tu n'aimes pas le nylon.
Les Jeux Olympiques, les Championnats du Monde, les Championnats d'Europe, les Coupes du Monde, on y était. On a tout fait. On a même entendu la Marseillaise.
Là, nous sommes à Suhl - las - seuls.
Nous avons quinze ans. Plus de pointure et plus de nom.
Tout le monde rit en nous voyant.
Mais toi qui te tiens debout sur nous, tu nous garderas dans la mémoire de tes pieds. Et même peut-être un peu dans ton coeur.
Avec un peu de chance, tu nous mettras encore quelques temps dans ton sac. Sans rien dire à personne. En excédent de bagage.
Bye Bye, Jean-Luc. Good luck !

signé "TES POMPES"

P.S. Pour notre dernière sortie, on aimerait entendre la chason de Félix Leclerc : "Moi, mes souliers..."

Article de Bernard Gasquet (les Cahiers du Pistolier 125
)