1988

Janvier 1988, Championnats de France d'hiver 10m à Avignon.

Jean-Luc Tricoire finit premier individuellement et par équipes (372 points et 1038 points). Aux sélections nationales, Tricoire termine premier et entre dans le club France.


Janvier 1988. 
Le champion du monde de tir Jean-Luc Tricoire reçu à la mairie

Champion du monde de tir au sanglier courant, Jean-Luc Tricoire a en effet été reçu dans le grand salon de l'hôtel de ville par le député-maire Jean Reyssier, qu'entouraient élus municipaux et cadres administratifs de la mairie.

"Votre palmarès est particulièrement éloquent" dit Jean Reyssier, "dix-neuf fois champion de France, vous avez décroché le titre de champion du monde de tir au sanglier courant à 10 mètres, et cela à deux reprises, en 1983 à Edmonton au Canada et à Budapest, en Hongrie en 1987. Vice-champion du monde à Suhl, en RDA, sur la distance de 50 mètres, vous avez terminé premier de la coupe du monde de Mexico".


"Sélectionné pour les Jeux de Séoul, je vous souhaite bien évidemment et très sincèrement de monter sur le podium", poursuivit le maire qui évoqua sa joie de posséder à Châlons un stand de tir opérationnel.

"Les diverses disciplines de tir rencontrent un grand succès dans notre cité" ajouta M. Reyssier "Châlons et son agglomération ne comptent pas moins de 1000 tireurs, dont environ un tiers de femmes. La pratique du tir, loin de représenter une pratique violente, barbare, est en fait un art véritable qui suppose beaucoup d'intelligence et de pouvoir faire preuve en permanence d'une grande maitrise de soi et d'un grand sang-froid".

A Jean-Luc Tricoire qu'accompagnaient son épouse, les responsables de son club, la Société mixte de tir, et de nombreux dirigeants sportifs, dont M. Mauviel, directeur départemental de la Jeunesse et des Sports et M. Laurent, président de l'Office de sports, le député-maire remit un service de mazagrans aux armes de Châlons et un dictionnaire des sports, avant de trinquer avec lui à cette année olympique tant attendue.


Février 1988, Championnats d'Europe, Norvège.

Jean-Luc Tricoire devient champion d'Europe avec 383 points. Il s'annonce comme une des meilleures chances nationales aux Jeux de Séoul. D'autant que ce garçon est un modèle pour ses camarades au pas de tir mais aussi à l'entraînement.


Champion d'Europe

"J'ai réalisé ma moyenne de points habituelle, mais j'étais capable de faire beaucoup mieux". Il ne faut pas croire que le champion marnais ait attrapé la grosse tête; il analyse lucidement la situation.

"J'ai commis deux grosses erreurs pendant la compétiton, sinon, je pouvais certainement battre mon record", explique-t-il. En Norvège, Tricoire a surclassé ses adversaires, le deuxième terminant à cinq points. "J'étais en retard le premier jour, pour la première phase de la compétition, la vitesse lente, avec 192 points sur 200". Quatre adversaires étaient devant lui, avant la vitesse rapide. Mais Jean-Luc se savait très fort dans ce deuxième exercice, il se sentait particulièrement bien.


"C'était le même scénario qu'aux championnats du monde, je ne me suis pas inquiété, sauf que là, j'étais vraiment attendu" poursuit le Châlonnais. Aidé financièrement par le Comité olympique pendant les compétitions, il est très confiant pour l'avenir, même si les Jeux olympiques de Séoul, en septembre, restent un sujet tabou.

"Je suis superstitieux, je préfère ne rien dire". Mais tout le monde sait que sa dixième place aux Jeux de Los Angeles en 84 l'a déçu et qu'il est un grand espoir de médaille pour la France. "J'ai commis une erreur en 1984, en disputant un concours à blanc la veille de la compétition. J'ai terminé premier, mais le jour J j'étais sans influx, vidé, déconcentré."


Le champion du monde a retenu la leçon et mettra tous les atouts de son côté pour Séoul, avec une expérience et un palmarès très enrichi par rapport à 84. "Il y aura vingt-deux tireurs à Séoul, donc dix-huit susceptibles de gagner ... De plus, les cibles sont plus hautes là-bas que la normale, c'est plus difficile". Mais il a fait surélever les cibles du stand de tir de Châlons, pour encore mieux se préparer.

Jean-Luc Tricoire est actuellement aux Etats-Unis, à Colorado Springs, pour trois semaines de préparation, surtout physique "dans le centre de préparation olympique des athlètes américains, avec des moyens techniques superbes et la présence des tireurs d'outre-Atlantique."

Le Châlonnais cherchera la consécration suprême en Corée du Sud, pour fêter ses dix ans d'équipe de France, tout en sachant qu'il ira normalement à Barcelone en 1992, s'il est toujours au niveau bien sûr. "Je crois que je n'ai pas encore tout donné au tir, et je pense continuer encore pas mal de temps". Détonateur de sa carrière en 78 (4ème) Séoul pourrait marquer une apothéose dix ans après.


Article de Guillaume Flatet


Jean-Luc Tricoire et ses coéquipiers de la Société mixte de tir de Châlons-sur-Marne sur le podium de Gien. (Juin 1988)


Une gloire pour la France : J-L Tricoire

Les sportifs français ne brillent guère dans les rencontres internationales. Heureusement les tireurs sont là pour rehausser l'éclat du pavillon national et décrocher force médailles. Jean-Luc Tricoire est de ceux-la, et des plus prestigieux. 

Son palmarès : dix neuf fois champion de France, il est pour la deuxième fois champion du monde de tir au sanglier courant à 10 mètres. Il a remporté son premier titre suprême en 1983 à Edmonton. Il a remporté la deuxième place à Suhl en 1984. Il a remporté la première place lorsqu'il a disputé la coupe du monde à Mexico en 1987. Il est redevenu champion du monde l'an dernier à Budapest. Il est bien entendu sélectionné pour les Jeux Olympiques de Séoul. 

Ce garçon modeste et sympathique, au calme légendaire sait allier la pratique sportive avec ses obligations professionnelles et familiales. Il est l'honneur de la France entière, mais aussi de sa petite patrie la ville de Châlons-Sur-Marne, un haut lieu du tir sportif. Après avoir débuté à La Jeanne d'Arc, une des sociétés prestigieuses de la ville, il devint à 17 ans membre de la Société Mixte de Tir de Châlons-Sur-Marne, deuxième du nom fondée en décembre 1972 par le regretté Baron Jacques de Mullenheim. Les trois sociétés de tir de la ville, les deux ci-dessus nommées et l'Espérance se partagent la gloire du champion qui rejaillit sur elles. Le 22 janvier dernier, la municipalité avait tenu à recevoir Jean-Luc Tricoire et les dirigeants des trois sociétés en présence de nombreuses personnalités dans le grand salon de l'hôtel de ville pour célébrer la remise qui lui avait été faite quelques semaines plus tôt de la médaille d'or de la Jeunesse et des Sports.

En cette occasion, M. Jean Reyssier, député-maire a déclaré : "Les diverses disciplines de tir rencontrent un grand succès dans notre cité. Châlons et son agglomération ne comptent pas moins de 1000 tireurs dont environ un tiers de femme. Cela mériterait néanmoins, à mon sens, d'être encore mieux connu de nos concitoyens. La pratique du tir en effet, loin de représenter une pratique violente, barbare, est en fait un art véritable qui suppose beaucoup d'intelligence et de pouvoir faire preuve en permanence d'une grande maîtrise de soi. Nous avons la chance à Châlons, ce qui est malheureusement devenu très rare dans notre pays, de posséder un stand de tir opérationnel. Je souhaite que votre exemple, M. Tricoire, contribue comme il le mérite, à la découverte par les jeunes générations de toutes les activités physiques et sportives car elles constituent, à mon sens, un facteur très important d'équilibre, de santé et d'épanouissement pour chaque individu. Elles sont une dimension fondamentale de la culture, de l'éducation"

Suivons l'exemple de Jean-Luc Tricoire, honnête citoyen, qui use pacifiquement des armes pour la plus grande gloire de son pays. Il faut que nous nous regroupions nombreux derrière des hommes comme lui pour que demain, face à nos partenaires européens, nos représentants puissent plaider avec fougue et avec conviction la cause du monde des armes privées. 

Article de S.R.


Journal l'Equipe : Un tireur à l’affût de l'élite


Sanglé dans un plastron de cuir râpé, le tireur attend sa proie. Ses yeux marrons rivés sur la ligne de tir, il ne pourra épauler qu'à l'apparition de la cible : un sanglier en carton-pâte sur lequel est dessinée une mire à la place des entrailles. L'animal factice nargue par ses allées et venues notre double champion du monde. Le sanglier courant parcourt un trajet rectiligne de 10 mètres face au tireur. De droite à gauche et de gauche à droite, en deux vitesses de passage. En vitesse lente, la distance est parcourue en 5 secondes et en vitesse rapide elle est exécutée en 2 secondes et demie. Le tireur doit obligatoirement faire feu à chaque passage. A son crédit, 30 balles pour chaque vitesse et 10 points pour une balle qui touche dans le mille.


Jean-Luc Tricoire est à 50 mètres (distance olympique), prêt à mettre en joue. La cible apparaît. Il empoigne sa carabine 22 Long Rifle. Il soufle. Colle sa pommette près du pontet. Caresse la détente. "Il faut que je sente tous les détails de mon arme", commente-t-il. Place son oeil dans la lunette de visée. Suit le sanglier pendant une poignée de millièmes de secondes. Tire et accompagne sa proie jusqu'à la sortie. "En compétition, après un match, mes mains tremblent pendant une dizaine de minutes durant lesquelles, par exemple, je ne peux pas écrire. Je patiente donc pour fumer ma première cigarette", nous explique-t-il.


En compétition officielle, il ajoute à sa panoplie deux éléments essentiels. Un tee-shirt de dix ans d'âge et une paire de chaussures qui battent la semelle depuis quinze ans. Les grolles aux bouts carrés sont usées, déformées, trouées à force d'avoir fait des pompes. Il ne les cire jamais, mais change très souvent les lacets. Pour cause. "Je me chausse le matin de la compétition. Quelques minutes après, mes lacets craquent. Ce doit être la pression emmagasinée qui engendre cet effet. Alors, je fais des noeuds mais je ne change en aucun cas mes lacets." Précision : les lacets sont en coton (il ne supporte pas le Nylon), de couleur noire ou bleue.

Tiré à quatre épingles, il fait rarement buisson creux. Il va à la chasse depuis l'âge de dix-sept ans (il en a trente-cinq depuis le mois de mars) et gagne régulièrement des places. Parmi l'élite. Sans l'avoir vraiment voulu : "Je n'ai pas d'ambitions particulières. J'ai même refusé ma première sélection. Je n'ai jamais été attiré par le sport, encore moins par la compétition." Pourtant, ce Champenois, agent de fabrication qualifié en soudure, est deux fois champion du monde (1983 et 1987), vingt fois champion de France, champion d'Europe en 1988, deuxième de la Coupe du monde à Mexico en 1987, vice-champion du monde à Suhl (où il bat le record de France : 590). C'est d'ailleurs à Suhl qu'il compte bien redevenir champion du monde dès la semaine prochaine... Il est l'un des sportifs français les plus titrés. Les plus méconnus. Les plus ignorés. Mais assuré d'être médaillé olympique à Séoul. "Cet anonymat ne me gêne pas, je n'aime ni les honneurs ni les protocoles."

Peu loquace, il préfère laisser parler la poudre. Et s'entraîner seul. "Je viens ainsi au pas de tir quand j'en ai envie." Au rythme de 10 à 15 heures d'entraînement par semaine, il est vite largué par les 30 heures (voire plus) hebdomadaires des Soviétiques ou des Américains.

Doué, il ne rate jamais une marche de podium. Il connaît ses défauts : "Je ne suis pas assez attentif, surtout quand je suis dans le bon tempo. Je m'endors. Et c'est la faute." Son objectif est de dégiter le record mondial du Sociétique Lapine (596). Score qu'il a déjà battu (598)... à l'entraînement. Pour affûter sa condition, il se met au régime. "Il faut être au top physiquement lors des matches. Je perds 2 à 3 kilos par compétition. Mon effort équivaut à un 5 000 mètres." Notre tireur ne fait pas de sophrologie, ni de relaxation, encore moins de yoga. Tout se passe dans le cigare. "Je prépare mon match mentalement deux mois avant l'échéance. Je fais des matches dans ma tête. Je les gagne souvent, d'ailleurs.Il m'arrive même, au boulot ou en regardant la télévision, alors que je n'y pense pas, d'avoir des flashes. Je me trouve en pleine action dans le stand. Le tir est un défouloir pour moi. Avant de le pratiquer, j'étais hyper-nerveux. J'arrive maintenant à me contrôler." Cette maîtrise lui valut de sauver sa peau, un jour de 1978, à Buenos Aires. Pour s'oxygéner avant une compétition, il se balade en compagnie d'un coéquipier aux alentours de l'hôtel. Tous deux tombent sur flics locaux jouant les Lucky Luke sur des boîtes de conserves. "Ils n'ont pas apprécié qu'on les observe. Ils nous ont braqués. Je me suis retrouvé avec un P.M. 45 entre les deux yeux. Nous n'avions aucun papier sur nous. J'ai cru que c'était la fin, car ils étaient très menaçants. Heureusement, nous avions notre accréditation officielle sur nous. Sinon..." Tricoire en a tiré les leçons : "Je ne suis pas un tueur, ni même un chasseur à l'envie de massacrer du gibier. Il faudrait que les chasseurs, comme les soldats, soient équipés de balles hypodermiques". De cette leçon d'un chasseur sachant chasser, nous devrions faire un devoir.


Article de Sophie Greuil


Assemblée générale de la SMTC. (novembre 1988)


Décembre 1988, réception à l'hôtel de ville


Jean-Luc Tricoire a été honoré à l'hôtel de ville où, en compagnie de son épouse Roseline et des dirigeants de son club, il a été reçu par le maire Jean Reyssier.

"Participer à cette prestigieuse épreuve que sont les Jeux Olympiques est un très grand succès et une consécration espérée par tous les sportifs du monde entier" lui dit le premier magistrat, triste aussi de la onzième place de Tricoire. "Barcelone, dans moins de quatre ans, sera, nous l'espérons tous, le terrain de la revanche. C'est ce que nous vous souhaitons le plus sincèrement."

Soulignant que le tir était "une discipline particulièrement noble qui exige de grandes qualités physiques mais aussi intellectuelles." Jean Reyssier conclut en rendant hommage à l'ensemble du tir châlonnais. Il remit la médaille de Châlons à Jean-Luc Tricoire et une gerbe de fleurs à son épouse.